Le pic de la crise est-il vraiment derrière nous? – Masse Critique

Réponse au directeur du FMI – essai par Roger Rashi

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«Le pic de la crise est peut-être derrière nous», a déclaré le 13 octobre le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, alors que les marchés boursiers reprenaient du tonus (+11% en moyenne) après les baisses catastrophiques subies la semaine précédente. Ces baisses, inédites depuis la Grande Dépression de 1929, laissaient planer le danger d’un effondrement du système
financier global.

Mais le pic de la crise est-il vraiment derrière nous?

L’instabilité financière est loin d’être conjurée

Les documents du FMI lui-même démontrent qu’on est loin d’être sorti du bois.  Ainsi, dans son Rapport sur la stabilité financière dans le monde, publié pas plus tard que la semaine précédente, cet organisme nous apprenait qu’il fallait s’attendre à ce que les pertes sur les actifs bancaires et financiers aux États-Unis continuent d’augmenter pour atteindre 1 400 milliards de dollars, soit près de 3 fois l’estimation mentionnée en avril dernier [1]. Et ceci ne tient même pas compte des pertes sur les actifs non américains, pertes qui elles aussi seraient considérables, comme le laissent entrevoir les plans de sauvetage des banques européennes et britanniques.

À ce sombre tableau, il faut ajouter le «trou noir» que constituent les Hedge Funds, ces énormes fonds d’investissements privés à haut risque, non règlementés et souvent extraterritoriaux (établis off-shore). Selon un spécialiste de la question, Donald Coxe, stratège en chef des portefeuilles d’investissement à la Banque de Montréal, ils constituent le prochain point faible du système, car ils seraient très fortement endettés et donc fragilisés par la crise actuelle [2]. Il faut savoir que les Hedge Funds engagent jusqu’à 50 fois leur capital réel alors que les banques d’investissement de Wall Street (Goldman Sachs, Morgan Stanley, Lehman Brothers, Meryll Lynch, Bear Sterns) n’engageaient, elles, que 20 à 30 fois leur capital. Pourtant, elles ont presque toutes sombrées. Il ne faut point oublier qu’en 1998, la faillite de
Long Term Management Capital, un Hedge Fund qui avec 2,3 milliards de capital en propre avait acquis 125 milliards de titres, a tellement ébranlé Wall Street que la Federal Reserve Bank avait dû intervenir pour éviter le krach. Qu’arriverait-il, dans la situation d’extrême fragilité financière actuelle, si l’un ou plusieurs des grands Hedge Funds venaient à faire faillite? Poser la question c’est y répondre.

Voilà la raison pour laquelle les grands décideurs financiers et politiques de la planète ont consentis à engager des sommes mirobolantes au sauvetage des banques, 700 milliards aux USA et 1 700 milliards en Europe [3], ouvert la porte à la nationalisation partielle des grandes banques américaines et anglaises, en plus d’annoncer leur volonté de re-règlementer le secteur financier. C’est le prix à payer pour tenter de stabiliser temporairement la situation et éviter l’irréparable. Mais la menace est loin d’être conjurée car les facteurs d’instabilité du système financier sont toujours présents.

La crise de l’économie réelle s’en vient

Les conséquences sociales de cette crise financière commencent à peine à faire surface. Et pourtant elles risquent d’être terribles. Régimes de retraite amoindris ou évanouis. Ralentissement économique et
chômage. Dislocations industrielles. Hypothèques menacées et maisons reprises par les banques. Emprunts plus difficiles ou carrément inatteignables. Sans parler des salaires et des programmes sociaux que
les grands maîtres de l’économie voudront sabrer pour payer les programmes de sauvetage des banques. L’affaiblissement du pouvoir d’achat des classes populaires risque de prolonger le marasme économique. Déjà, les économistes spéculent sur la longueur et la gravité de la crise: récession ou dépression? Un an ou deux? Chômage massif ou difficultés conjoncturelles?

Ce qui et évident, c’est que le néolibéralisme est au bout du rouleau. Que l’intervention étatique dans l’économie, les nationalisations et la régulation sont de retour. S’agit-il pour autant d’une défaite du capitalisme comme titrait le Wall Street Journal dernièrement? D’une forme de capitalisme, oui. Du système lui-même, non. Car le capitalisme «régulé» par l’État reste prédateur, anti-écologique et porteur de guerres. Par contre, une brèche idéologique s’ouvre. Aux socialistes d’en profiter pour avancer, non seulement des programmes de luttes et des réformes immédiates, mais aussi le besoin vital d’une rupture fondamentale avec ce système en crise.


Pour la déclaration de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, consultez Le point.

Notes

  1. FMI, Rapport sur la stabilité financière dans le monde, «Résumé analytique», p. vii-viii, oct. 2008.
  2. Peter Hadekel, «Hedge Funds Could Be The Next Victim», The Gazette, 19 sept. 2008.
  3. Hervé Rouach, «L’Europe annonce ses chiffres: près de 1.700 milliards pour les banques», Le Point, 13 oct. 2008.

http://www.massecritique.org/articles/le_pic_de_la_crise_est-il_vraiment

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