Déclaration sur l’arrestation de Julian Assange et les attaques contre Wikileaks

Cette déclaration a été publiée en anglais le 10 décembre 2010

Par le professeur Jose Maria Sison
Président
Ligue internationale des luttes des peuples (ILPS)

Le 10 décembre 2010

La Ligue internationale des luttes des peuples (International League of People’s Struggle – ILPS) condamne dans les termes les plus énergiques l’arrestation injuste de Julian Assange et l’assaut contre Wikileaks mené par les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Australie, par de grandes sociétés financières américaines et de puissants politiciens néo-conservateurs.

Julian Assange a été arrêté et emprisonné le 8 décembre dernier au Royaume-Uni sur la base d’un mandat délivré par la Suède, après que deux femmes l’eurent accusé de crimes sexuels fallacieux. Le site Wikileaks a été victime de harcèlement et de sabotage, alors que des entreprises comme Paypal, Mastercard, Visa, EveryDNS.net et Amazon l’ont laissé tomber. Une proposition a même circulé au Congrès des États-Unis visant à désigner Wikileaks comme une organisation terroriste. Assange est devenu la cible de certains personnages politiques nord-américains, qui n’ont pas hésité à souhaiter publiquement son assassinat. Enfin, les autorités américaines font pression sur Scotland Yard pour qu’Assange soit extradé aux États-Unis pour y faire face à des accusations d’espionnage.

Ces agressions ultraréactionnaires sont survenues dans le sillage du « Cablegate », en vertu duquel Wikileaks a décidé de rendre publique une mine sans précédent de plus d’un quart de million de câbles diplomatiques secrets du Département d’État américain, qui exposent les vils motifs impérialistes des États-Unis contre des pays opprimés, des pays capitalistes rivaux et même des alliés de longue date. Cette gigantesque fuite s’ajoute à la précédente divulgation de milliers de fichiers multimédias secrets en provenance de l’armée américaine, qui démontraient le caractère criminel et sanglant des guerres d’agression américaines en Irak et en Afghanistan.

En ciblant Wikileaks et Julian Assange, les impérialistes américains et leurs acolytes attaquent le droit du peuple à la liberté d’expression et à la libre circulation de l’information, ainsi que la liberté de presse. Ils démontrent ainsi leur mépris absolu pour la transparence dans la gouvernance et l’imputabilité des autorités publiques.

Les accusations d’agression sexuelle contre Assange découlent d’une opération savamment planifiée afin de le piéger insidieusement. L’une des plaignantes a d’ailleurs confirmé être en lien avec l’Agence centrale du renseignement des États-Unis (CIA).

Nous nous inscrivons en faux contre l’affirmation selon laquelle Assange et Wikileaks auraient violé les lois des États-Unis ou de quelque autre pays que ce soit. Le « Cablegate » vient prouver que loin d’avoir un système politique ouvert, les États-Unis, dans leur quête de l’hégémonie mondiale, se servent systématiquement du secret d’État pour dissimuler leurs entreprises criminelles aux yeux des peuples du monde, qui sont pourtant ceux qui portent le poids de la souffrance de ces crimes odieux. Les impérialistes américains ont peur que les gens se rebellent, une fois qu’ils auront pris connaissance de la gravité des crimes qu’ils ont commis – des crimes qui s’apparentent au fascisme.

Les attaques vicieuses contre Wikileaks s’inscrivent dans l’objectif plus large des États-Unis de faire en sorte que l’Internet ne puisse servir d’outil aux mains des peuples pour contrer les visées impérialistes. Parmi les récentes initiatives prises par l’impérialisme US et qui vont dans ce sens, mentionnons :

1. la répression sans précédent, par le gouvernement des États-Unis, d’au moins 82 sites Web, sur l’accusation mensongère qu’ils auraient distribué et vendu illégalement des œuvres protégées et de la marchandise contrefaite ;

2. l’introduction de nouvelles lois qui auront pour effet d’étouffer la liberté d’expression sur l’Internet, comme la Loi visant à combattre la contrefaçon en ligne (Combating Online Infringement and Counterfeits Act), qui permettrait au procureur général des États-Unis de censurer l’Internet au nom du respect du droit d’auteur ;

3. le spin de longue date entretenu par les grands monopoles médiatiques à propos d’un prétendu « djihad sur Internet » mené par al-Qaïda et d’autres groupes terroristes qui lui sont liés.

Nous saluons Wikileaks pour sa persévérance et sa détermination à poursuivre la publication régulière des câbles diplomatiques secrets, en dépit des attaques sans précédent auxquels il est confronté. Nous saluons également les milliers de ses partisans qui ont créé des sites miroirs pour répandre le contenu du site litigieux à travers le Web. Des actes de défiance similaires ont également été réalisés pour riposter aux attaques qui ont été faites contre d’autres sites Web. De même, un groupe américain formé d’anciens employés de la CIA (Sam Adams Associates for Integrity in Intelligence) a décerné à Julian Assange son prix annuel, qui vise à souligner la contribution d’une personnalité à l’intégrité du renseignement.

Laissons s’épanouir des milliers de Wikileaks ! Nous appelons toutes les personnes qui sont en position de le faire à utiliser Wikileaks et les autres outils à leur portée pour dénoncer les crimes et manigances néfastes des impérialistes et de leurs cohortes. Comme l’impérialisme américain est en proie à une crise sans précédent, on peut penser qu’il aura recours à des mesures de plus en plus désespérées, au détriment de l’humanité. Il est dès lors tout à fait justifié de dénoncer de telles mesures criminelles.

Nous exigeons la libération immédiate de Julian Assange et le retrait des accusations forgées de toutes pièces qui ont été portées contre lui. Nous appelons les organisations membres de la Ligue internationale des luttes des peuples et leurs alliés à tenir des piquets dans leurs pays respectifs devant les ambassades des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Australie, ainsi que devant les bureaux des sociétés qui ont harcelé Wikileaks, et à organiser toute autre action appropriée pour exiger : Libérez Julian Assange ! Bas les pattes devant Wikileaks ! Non à la censure de l’Internet, à la guerre, au pillage et au fascisme !

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